L’Afrique de l’Ouest : Des pronunciamientos, pas comme les autres !

 

                      
                                Les présidents de transition de la Guinée, du Burkina et du Mali

    Depuis un certain temps, l’Afrique de l’Ouest traverse des moments sombres de son histoire. Des moments marqués par des coups d’état qui sont le plus souvent salués par le peuple : c’est le cas du Mali, de la Guinée Conakry et récemment du Burkina Faso. Plusieurs analystes mettent l’accent sur des facteurs explicatifs tels que les injustices, les inégalités sociales, les tripatouillages des constitutions, les fraudes électorales, l’avidité de certains Chefs d’état à s’éterniser au pouvoir, la politisation des armées, l’immaturité politique des acteurs entre autres. Certes ces analyses sont pertinentes mais il est plus intéressant d’aller au-delà.

    Avant d’arriver à ce stade, éclaircissons la notion de coup d’Etat. Pour les politologues Jonathan POWELL et Clayton THYNE, les coups d’État sont des « tentatives illégales et manifestes de l’armée ou d’autres élites au sein de l’appareil d’État de renverser le pouvoir en place » (cités par Bernard Barbeau, 2019). Par ailleurs, il existe trois types de coup d’Etat à savoir les coups d’Etat militaires, les coups d’Etat constitutionnels et les coups d’Etat électoraux. Dans le cadre des trois cas que nous analysons ici, ce sont les coups d’Etat militaires qui sont notés. Ainsi, notre point de vue s’accentuera sur les points communs entre « les trois hommes forts » des pays précités.

    La particularité est que les trois « putschistes » sont des hauts gradés de l’armée et ont tous un parcours remarquable. Ce fait est intéressant dans la mesure où si nous revisitons les coups d’Etat des années 1960 jusqu’à la période de démocratisation (1990), leurs chefs de file n’avaient pas atteint un pareil niveau.

    Retour sur les parcours atypiques des « trois hommes forts »

    Agé de 37 ans, Assimi Goïta a fait un parcours scolaire sans faute du Prytanée militaire de Kati à l’Ecole militaire inter arme à Koulikoro. Issu de la promotion Mamadou Coulibaly en 1998, il a choisi l’armée de terre spécialité Armes blindées et cavalerie. Après sa sortie de l’Emia, il est affecté au 134ème Escadron de reconnaissance à Gao en 2002 où il restera 3 ans. Ensuite, il rejoindra en 2005 le 123ème escadron à Kidal jusqu’à 2008. Assimi Goïta et ses hommes étaient là pour tenir tête à ce chef de rebelle. A partir de 2008, il est nommé commandant du groupement tactique N3 dans le cadre de la lutte contre le groupe armée terroriste et les narco trafiquants qui écument les frontières Mali-Algérie jusqu’en 2010. De 2011 à 2013, il commande la deuxième compagnie de soutient puis le 37ème régiment de transport. En 2015, il est détaché en qualité de coordinateur des opérations spéciales auprès du ministère de la défense et de la sécurité suite à l’attaque terroriste de l’hôtel Radisson Blue. Sur le plan de sa formation à l’extérieur, il est diplômé de l’école d’application du train en 2005, du cours de capitaine en Allemagne 2008. Il a été engagé en opération au Darfour. En 2015, il a fait l’école d’Etat-major au Gabon puis du cours d’opérations spéciales contre le terrorisme à Garmich (Allemagne) du cours des forces d’opération spéciales à Floride aux USA.

   

 Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, nommé commandant du Groupement des forces spéciales de l’armée guinéenne en 2018, faisait partie de la Légion étrangère française où il a évolué jusqu’au grade de caporal-chef. C’est un officier breveté de l’Ecole de guerre, possédant plus de quinze années d’expérience militaire, notamment lors de missions opérationnelles (Afghanistan, Côte d’Ivoire, Djibouti, République Centrafricaine) et de protection rapprochée (Israël, Chypre, Royaume-Uni, Guinée). Il est titulaire d’un Master 2 (bac + 5) défense et dynamiques industrielles à l’Université panthé²on Assas Paris II, expert de la défense en management, commandement et stratégie. Il a aussi accompli la formation de spécialiste en protection opérationnelle à l’Académie de Sécurité Internationale (Israël), le cours de formation des commandants d’unité à l’Ecole d’application de l’infanterie (E.A.I. – Sénégal) et la formation d’officier d’état-major (EEML Libreville) et l’Ecole de guerre de Paris.

Colonel DAMIBA a été nommé commandant de la 3e Région militaire, qui couvre Ouagadougou, Koudougou, Fada N’Gourma et Manga. Il est par ailleurs, auteur du livre “Armées ouest-africaines et terrorisme, réponses incertaines ?” ; un essai de 160 pages publié en juin 2021 aux Editions Les 3 colonnes à Paris.

  Quels parcours ! Alors on pourrait être tenté de se poser la question de savoir pourquoi des hommes ayant un niveau d’étude aussi élevé perpétuent des coups d’Etat sur des Présidents légalement élus ?  Nous pensons que la mauvaise gouvernance est le maître mot dans cette situation. Dans la plupart des pays dans lesquels ces putschs ont eu lieu, les dirigeants civils posent souvent des actes qui sont contraires à la volonté populaire. Au sortir de la conférence de la Baule dans les années 1990, il est noté partout en Afrique une vague de démocratisation. On disait Halte aux dévolutions du pouvoir par la force armée ! Mais on a beau chasser le naturel, il revient au galop !

                                                                                                                                                                          Lamine Ba Diallo

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