Autopsie d'un système éducatif en mal !




                                                 

      Les premiers États généraux de l’éducation au Sénégal se sont tenus du 28 au 31 janvier 1981. Ce cadre d’échanges avait axé sa réflexion sur trois questions : une nouvelle politique générale de l’éducation ; les moyens pour une école nouvelle ; la fonction, le statut et la carrière des enseignants et des enseignantes. Plus de quarante ans après ces Etats Généraux, la situation de l’Ecole sénégalaise reste marquée par des crises multiples ; et ce malgré la volonté politique et tous les efforts consentis depuis plusieurs décennies.

Plus récemment se sont tenues, dans la même perspective, des Assises de l’éducation, du 28 au 30 août 2014, qui ont vu la participation de l’ensemble des acteurs de l’école, afin de réfléchir à des solutions de sortie de crise. Lors de la cérémonie d’ouverture de l’atelier d’harmonisation et de lancement de ces assises, l’ancien ministre de l’éducation national, Sérigne Mbaye Thiam déclarait que : «l’école sénégalaise ne répond plus à sa vocation : elle n’enseigne plus assez en raison des grèves cycliques qui la secouent ; elle n’éduque plus suffisamment bien lorsqu’elle devient le lieu d’expression de la crise des valeurs qui traverse nos sociétés ; elle ne forme pas suffisamment bien lorsqu’elle ne répond pas aux besoins en main d’œuvre de notre pays ». Aujourd’hui encore l’école sénégalaise est confrontée à une crise sévère car on parle d’un 9ème plan d’action. Alors à qui la faute? Est-ce les autorités publiques ou  les enseignants ? On ne saurait le dire.

En effet, les constats sont unanimes que l’éducation sénégalaise est aujourd’hui traversée par une double crise : une crise de vocation et une crise de confiance : crise de vocation, au point que notre jeunesse, de façon insidieuse mais perceptible, tend à substituer à la quête de l’excellence à l’école, l’investissement vers d’autres lieux de valorisation personnelle et de réussite individuelle ; crise de confiance surtout envers l’Ecole publique dont les familles se détournent de plus en plus en raison d’une image qui s’est détériorée au fil des années; crise de confiance aussi entre certains acteurs de l'Ecole.

« Aussi loin que l’on remonte dans le temps, l’éducation est perçue comme la clé de toutes les ruptures nécessaires au développement. », c’est deux lignes sont du rapport général des Assises de l’éducation du Sénégal tenu en 2014. L’école est le lieu par excellence où sont formés les futurs cadres et fonctionnaires et doit donc dispenser un enseignement de qualité aux enfants et les mettre dans les conditions susceptibles de leur permettre d’acquérir les connaissances dans de très bonnes conditions. Vu sous cet angle, la profession d’enseignant, quel que soit le niveau d’enseignement, devient une fonction noble puisque c’est à elle de former les dirigeants et élites de demain.

     Ne doit pas être enseignant n’importe quel individu et le choix des enseignants doit être effectué dans les règles de l’art et de manière méticuleuse, si l’on aspire à un système éducatif de qualité. Cette idée nous permet de dégager deux types d’enseignants dans le système éducatif sénégalais : les enseignants « par vocation et par amour de la profession » et les enseignants par « accident ». Les enseignants « par vocation et par amour de la profession » sont ceux qui éprouvent un amour certain et accordent une importance capitale à la transmission de leur savoir. Ils ont donc l’ambition et l’objectif de devenir enseignant. La plupart d’entre eux ont reçu dans les écoles de formation d’enseignants les outils et les méthodes nécessaires à l’exercice de leur fonction. Ils sont passés par différentes structures de formation pour acquérir des bases qui leur permettent d’exercer un métier qu’ils aiment et ont toujours voulu exercer.     À l’opposé, les enseignants « par accident » sont ceux qui n’ont pas pu s’insérer dans les autres secteurs de la fonction publique et qui choisissent par la suite d’aller enseigner dans les écoles primaires et les collèges. Ils contribuent à la dégradation de la fonction enseignante, puisque n’importe quel diplômé n’ayant pu intégrer les autres secteurs de la fonction publique peut se retrouver enseignant du jour au lendemain, ce qui pose inévitablement la question de la qualité des enseignants dans les écoles sénégalaises. Entre dans ce second lot les personnes recrutées dans le programme des 5000 enseignants lancé à la suite des évènements du mars 2021. Pire encore, ces derniers ne subiront que 3 mois de formation avant de rejoindre leurs lieux respectifs. En effet, l’école n’est plus considérée par une certaine partie de la jeunesse comme un lieu de réussite et donc de promotion sociale, face aux « nouvelles figures de la réussite » incarnées par les immigrés, les chanteurs, les lutteurs, les danseurs…

    Aujourd’hui le constat est unanime. La pénétration des civilisations occidentales dans notre société a créé un réel bouleversement sociétal. Les enseignants n’enseignent plus, les élèves n’étudient plus et cultivent de plus en plus un esprit de paresse intellectuelle. Actuellement les enfants sont affectés par l’ « épidémie des séries » sénégalaise qui sont souvent à l’encontre de nos valeurs les plus profondes. Mœurs dégrade les mœurs ! L’infidèle cultive de l’infidélité et les hommes mariés se tournent de plus en plus vers leurs maitresses ! De plus en plus, ce sont ces séries qui sont consommées dans notre société qui heurtent souvent la morale publique.

    Papa Djibril FALL répétait sans cesse cette question : Quel type de sénégalais voulons-nous dans les années à venir ? Autrement dit, quel est le modèle de citoyen que notre pays a besoin dans le futur ?

« L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde » disait le président sud-africain Nelson MANDELA. Alors, que ce soient les enseignants, les syndicats, les autorités publiques, ils doivent savoir que leurs responsabilités sont engagées dans cette crise. Des concessions doivent être faites dans chaque partie. On dit souvent que l’argent est le nerf de toutes les guerres. Oui, cette maxime est bien visible dans ce cas d’étude car après tout la partie la plus importante des revendications sont d’ordres pécuniaires.

                                                                                                                                                                                 LAMINE BA DIALLO

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