Au péril des idées
Le dimanche 22 janvier 2023 à Keur Massar, lors de son méga meeting, Ousmane Sonko appelle ses militants à se battre sur le terrain et faire face à Macky Sall. « J’ai déjà fait mon testament et je suis prêt à faire face à Macky Sall sur tous les fronts. S’il ne recule pas, soit il nous tue, soit nous le tuons », a-t-il lâché. La réplique des partisans du Président n’a pas tardé. Une semaine après, c’est autour du premier ministre Amadou Ba de déclarer que l’Etat a les moyens de faire face. « Kou leen Wakh fayoulène », a-t-il laissé entendre. Ces discours font peurs et montrent à quel point la violence verbale a atteint son paroxysme dans le landerneau politique sénégalais. Fini la courtoisie, la bienveillance, maintenant c’est du « Gatsa gatsa », « des machettes pour baliser la voie à une troisième candidature », « des anciens présidents à fusiller » pour ne citer que celles-ci. La violence verbale est devenue un outil électoral à la solde des politiciens. De plus en plus, l’espace politique est gangréné par des discours va-t-en-guerre.
Une approche comparative aiderait à mieux comprendre
cette montée en puissance de la violence discursive dans le champ politique
sénégalais. Certes, il ne manquait pas de violences comme le témoignent les
évènements de 1962 (arrestation de Mamadou Dia) ou de 1993 (Assassinat de Me
Babacar Sèye), mais la première génération de politiques se caractérisait dans
le discours, par une retenue, la pondération et la courtoisie malgré la situation
à laquelle ces hommes faisaient face. Par contre, aujourd’hui, ce que nous
constatons, c’est la montée de la haine et de la violence verbale. Quand on
voit des hommes politiques s’insulter publiquement, diffamer ou révéler des
secrets d’Etat qui remettent en cause l’intégrité nationale, on comprend vite
qu’ils se sont laissé aveugler par une ruse toxique teintée de colère, de
frustration ou de haine. Les 12 ans de détention de Mamadou Dia ne l’ont pas
amené à nourrir un « sentiment de haine contre personne ».
Si la violence verbale a, aujourd’hui, atteint un niveau
remarquable, c’est en partie à cause des réseaux sociaux. Même si les médias
traditionnels ont un rôle dans cette propagation rapide, les médias sociaux ont
une plus grande part de responsabilité. Sur les plateaux de télévision, les
débats politiques sont plus réglementés. Déplacés dans les réseaux sociaux, majoritairement
utilisés par une jeunesse fougueuse, les débats politiques deviennent l’affaire
de tout le monde. Les règles de jeu sautent, place aux insultes, aux commérages
et aux invectives.
Quand il y a des dérives langagières dans l’espace public,
l’autorité étatique devrait en principe prendre les mesures fortes pour
sanctionner les auteurs. Mais, très souvent, les personnes qui sont inquiétées
sont de l’autre côté du camp présidentiel. Qui n’a pas entendu et/ou suivi les propos du
député Aliou Dembourou Sow qui appelait à « attaquer avec des machettes
tous ceux qui sont contre la troisième candidature de Macky Sall » ?
Aucune sanction à son encontre et aucune excuse de la part du parlementaire. Comment
une déclaration aussi génocidaire peut rester impunie. Pour des propos jugés
offensants à l’encontre de Macky Sall, Abdou Bara Dolly a été placé sous mandat
de dépôt au moment où une audience est accordée à Kaliphone Sall, un « insulteur
de la République ». Deux poids deux mesures. La violence verbale est devenue une partie
intégrante des discours des hommes politiques sénégalais et elle ne cesse
d’aller crescendo.
Lamine Ba Diallo

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